La fête de la musique est la seule, l’unique initiative à peu près potable que Jack Lang ait pris dans toute sa vie. Et comme de suite, elle a été détournée par les gratteurs de guitares et les bistrotiers, ça fait des décennies qu’elle aurait dû être évincée des calendriers des festivités. Aujourd’hui, elle n’est plus que le rendez-vous des médiocrités qui ouvrent toutes grandes les portes aux casseurs, aux violeurs et aux criminels en tous genres. Si j’en avais le pouvoir, ce soir-là, j’offrirais au monde entier les pleurs de Werther abandonné par sa douce Charlotte, où le doux chant d’Isolde devant le sommeil éternel de Tristan, où la fureur de José poignardant sa Carmen adorée, ou les sonorités envoutantes de la 6e de Mahler, où la pulsion romantique du 1e trio pour piano, violon et violoncelle de Beethoven, où l’histoire de la jeune fille et de la mort contée avec délicatesse par l’immense Schubert ou peut être tout Offenbach en un jour et une nuit - ça ne pourrait suffire - pour l’humour et la beauté solaire réconciliés. Devant ces monuments universels, je ne vois pas quel sauvage noir ou vert, oserait briser la plénitude de l’atmosphère. Mais voilà. Je n’ai aucun pouvoir et je n’en veux pas tant que l’enfant qui est en l’homme, refuse de passer au stade d’adulte responsable. J’ai dit adultes ? J’ai beau scruter tous les horizons, je n’en vois pas. C’est bien pour cela que le monde se précipite à grands mouvements ravageurs dans le noir du fond de mon puits au fond de mon jardin, et que je ne sais plus que faire puisqu’il affiche « complet ». Il reste Freud. Mais voilà, personne n’en veut. Alors laissons faire. La glace et le feu se chargeront de tous ces déchets.

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