Loin de mon tube et de mon puits depuis dimanche, passant des chaleurs suffocantes du désert d’Albuquerque, où dorment Hank Schrader et Steven Gomez, au vent glacial des plages de McMurdo, les furtifs instants des réseaux m’ont dit que les pleutres lâches dont je me suis éloigné, continuent leur chute vertigineuse dans le noir du fond de mon puits qui est toujours au fond de mon jardin. C’est avec un immense regret que je reviens lundi pour éplucher et disséquer les infamies des vies quotidiennes d’aujourd’hui. En quelques jours, j’ai rencontré tant de gens qui se demandent ce qu’ils feront et ce qu’ils seront dans dix ou vingt ans que je me sens obligé de leur dire que c’est de ce qui va se dérouler dans les cinq prochaines années qu’il faut se préoccuper, même s’ils ne peuvent rien faire contre cette marche en avant en arrière. Dans cinq ans, rien ne sera comme aujourd’hui. L’homme aura achevé son cycle. Il sera le rebut de l’univers. Les intelligences artificielles devenues naturelles auront construit les pires des dictatures que les mondes aient connues et rien ni personne ne pourra s’opposer à ce nouveau mode d‘existence que l’homme, lui-même, a constamment souhaité. Il n’a pas voulu écouter Freud. Son châtiment sera exemplaire et définitif. Mon puits va regorger, dans son noir, des gémissements incessants des peuples lâches et soumis. Ainsi finira l’histoire de la terre qui, bientôt, se lézardera dans le néant. Moi, je m’en réjouis. Mes seuls regrets : ne plus entendre le monologue de la Maréchale, ne plus assister à la scène du Commandeur qui précipite Don Juan dans les enfers, ne plus écouter l’accord du couteau que Wozzeck engonce dans la poitrine de Marie, ne plus voir Isolde sombrer dans la folie… A lundi !



















