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| Yuja Wang |
Encore un dimanche !
Bof ! Dans quelques jours, j’en aurais vécu 4264. Jadis, c’était le jour
où l’on suppliait le héros invisible que notre pensée a inventé - pour se
protéger de je ne sais quoi - de ne pas nous envoyer en enfer quand notre corps
en aura ras-le-bol de ce tunnel qui n’en finit pas, de ne pas nous envoyer dans
cet enfer aussi noir que le noir du fond de mon puits, où nous tourmentent,
pour toute notre mort, des hirsutes d’ombres armées de fourches, de nez crochus
et de chapeaux pointus. C’était jadis. Aujourd’hui, c’est le jour où, pour
tromper leur ennui, les psychopathes qui peuplent la terre, surabondent les autoroutes
pour dévaler sur des planches les domaines interdits et meurent sous les avalanches
en sa cassant les deux jambes, ce qui engorge les hôpitaux qui n’ont plus de
chirurgiens parce que réparer des jambes, changer des cœurs ou trancher dans les
foies et les poumons ne rapporte plus rien et que la profession se transforme
de plus en plus en influenceurs sur tic-tac, ce qui lui permet d’acquérir un jet ou un yacht avec montre connectée, en
moins de temps que d’aller de son canapé à son bidet à lunette. Et s’il n’y
avait que ça ! Il y a aussi les élections qui se rapprochent
dangereusement, ce qui amplifie considérablement les mensonges et les dénis.
Les candidats, par nature décérébrés, jouent la surenchère jusqu’à l’absurdité.
Leurs promesses gigantesques tiennent du phantasme le plus ancré et ils
réussissent le tour de force d’imiter Jésus. Devant leurs fans éblouis, ils
marchent sur les océans, ils multiplient les petits pains par dix, par vingt,
par cent et par cent mille, ils guérissent les rhumes des foins et ressuscitent
les morts qui ont toujours vécu morts, eux-mêmes n’étant que des vivant morts.
Le jeu de hasard a commencé et personne ne peut savoir qui sortira du chapeau.
Moi, qui ais fréquenté assidûment Freud, je sais que ce ne sera ni Mozart, ni
Molière, ni Wang, ni Hannigan et encore moins Wotan ou Néfertiti.